Ampedus tristis

Chittaro, Yannick & Sanchez, Andreas, 2016, Ampedus tristis (Linnaeus, 1758), une espèce forestière emblématique nouvelle pour la faune de Suisse (Coleoptera, Elateridae), Entomo Helvetica 9, pp. 115-122 : 117-120

publication ID

https://doi.org/ 10.5169/seals-986150

DOI

https://doi.org/10.5281/zenodo.7938293

persistent identifier

https://treatment.plazi.org/id/0399940E-FF9A-2636-FF47-FB3D0BE3F9A0

treatment provided by

Carolina

scientific name

Ampedus tristis
status

 

Parmi le riche matériel examiné, deux exemplaires d’ Ampedus se sont avérés être Ampedus tristis , espèce nouvelle pour la Suisse:

1 ex., Mollens ( VS), 1442 m, 16.7.– 14.8.2013, leg. A. Sanchez, det. Y. Chittaro, coll. A. Sanchez, piège lourd placé dans une forêt claire de pins présentant de nombreux troncs au sol de gros volume, en limite de pessière.

1 ex., Valsot ( GR), 1361 m, 21.5.– 25.6.2015, leg., det. & coll. Y. Chittaro, piège lourd placé dans une trouée forestière d’une pessière montagnarde ( Fig. 1 View Fig ). Si l’épicéa était largement dominant, avec de nombreuses souches disponibles et quelques troncs au sol, plusieurs pins sylvestres et mélèzes complétaient le peuplement forestier.

Plusieurs autres espèces notables par leur rareté ont également été capturées par ces deux pièges. Citons ainsi Myrmetes paykulli Kanaar, 1979 (Histeridae) et Xylita laevigata (Hellenius, 1786) ( Melandryidae ) à Valsot (GR), et Tragosoma depsarium (Linnaeus, 1767) ( Cerambycidae ), Ergates faber (Linnaeus, 1760) (Cerambycidae) et Danosoma fasciatum (Linnaeus, 1758) (Elateridae) à Mollens (VS).

DISCUSSSION

Diagnose

D’une longueur de 7 à 10 mm, l’espèce présente un habitus caractéristique ( Fig. 2 View Fig ). Les élytres sont principalement noirs, à l’exception de leur bordure externe et de deux taches basales triangulaires d’un jaune fauve, typiques de l’espèce et la rendant impossible à confondre. La tête et le pronotum, uniformément ponctués sur toute leur surface, sont noirs. Les pattes et les antennes sont d’un brun jaunâtre. La pubescence est noire dorsalement, jaunâtre ventralement.

Distribution

De distribution euro-sibérienne ( Cate 2007), l’espèce est assez bien répandue dans le Nord de l’Europe ( Fig. 3 View Fig ). On la connaît ainsi de Scandinavie, des pays baltes et de la Russie européenne jusqu’en Sibérie occidentale. Hors de ces régions boréales, l’espèce est considérée partout comme rare, très rare, voire rarissime ( Platia 1994). Elle n’est ainsi connue que de quelques observations, pour certaines très anciennes, de Pologne, de Biélorussie, d’Ukraine, de Roumanie, de Bulgarie, d’Allemagne et d’Autriche. Elle semble un peu plus fréquente en République Tchèque et en Slovaquie. Une donnée valide sa présence au Danemark, quelques-unes en Écosse, et trois très anciennes la mentionnent d’Italie. Bien que citée d’une donnée historique, l’espèce n’a par contre pas été retenue pour la Hongrie ( Merkl & Mertlik 2005) et sa présence en Mongolie n’est qu’hypothétique ( Jarzabek-Müller 2015). Bien qu’elle n’ait jamais été signalée en France ( Leseigneur 1972, 2014), l’espèce pourrait être attendue en Haute-Savoie, une région limitrophe du Valais suisse présentant de nombreuses similarités dans ses peuplements faunistiques.

Présentant une distribution discontinue en Europe centrale, il n’est guère étonnant que sa distribution soit similaire à l’échelle suisse ( Fig. 4 View Fig ). Les deux données actuelles sont ainsi situées dans des régions biogéographiques différentes (selon Gonseth et al. 2001) et distantes de plus de 220 km. Bien qu’ Ampedus tristis soit attendu dans d’autres régions des Alpes suisses, il est certain que l’espèce y est très rare et extrêmement localisée. Malgré un effort de recherche important et des piégeages effectués en de nombreuses localités, elle n’a en effet été trouvée jusqu’à présent qu’en deux endroits. Les espèces compagnes capturées soulignent d’ailleurs la valeur des deux localités échantillonnées.

Écologie

L’écologie précise de l’espèce est encore assez peu connue. Les lignes qui suivent synthétisent les informations de plusieurs sources, notamment celles de Burakowski (1971) et d’Owen & Mendel (1993).

L’espèce est liée aux forêts de conifères et forêts mixtes de l’étage submontagnard jusqu’à la limite supérieure de l’étage montagnard. Sa larve vit de trois à six ans dans des troncs tombés au sol. Elle est citée du pin sylvestre Pinus sylvestris , de l’épicéa Picea abies et du sapin Abies alba mais également de troncs de bouleau Betula sp. en décomposition par Candèze (1859). Carnivore opportuniste, elle s’y nourrit de larves d’autres insectes saproxylophages. Selon Owen & Mendel (1993), les troncs cariés colonisés étaient dépourvus d’écorce et très friables. D’après leurs estimations, les troncs reposaient au sol depuis cinq à quinze ans, et, dans un cas, au moins 30 ans. La nymphose a lieu en août et les adultes hivernent en loge, juste sous la surface du bois. En Allemagne, Claus Wurst (comm. pers.) a trouvé trois exemplaires en loge dans un vieux tronc (d’une très ancienne cabane) à demi enfoncé dans le sol d’un marais. Les imagos se trouvaient dans du bois fortement décomposé, noirâtre. Ils sont actifs de mai à fin juillet et se rencontrent alors sous les écorces, dans les crevasses du bois ou posés sur de petites branches.

Dans le Nord de l’Europe, l’espèce se rencontre préférentiellement dans des zones de coupes, présentant des structures et du bois mort bien ensoleillés, suggérant ainsi une adaptation de l’espèce aux perturbations comme les tempêtes et les incendies ( Johansson et al. 2007), en accord avec Lundberg (1984) qui la considérait comme favorisée par le feu. Son association aux forêts claires semble confirmée par nos captures. Nos pièges avaient d’ailleurs été placés volontairement dans des zones assez ouvertes et ensoleillées – d’un potentiel faunistique supérieur à celui de zones fraîches et ombragées – ce qui a probablement permis la capture des spécimens au cours de leurs déplacements en vol.

Des recherches de larves et d’adultes en loge sont prévues en 2016. Elles permettront peut-être de préciser les exigences écologiques de l’espèce dans notre pays.

Statut

L’espèce est considérée en Allemagne comme étant «relique de forêt primaire» selon Müller et al. (2005), de même qu’en République Tchèque et en Slovaquie ( Laibner 2000), ainsi qu’en Pologne ( Pawlowski 2008). Ses exigences écologiques élevées (long développement larvaire dans de gros troncs cariés) et sa distribution relictuelle discontinue sont des caractéristiques assurément valables aussi en Suisse. Elles justifient donc son intégration dans la liste suisse des «espèces forestières emblématiques», actuellement en cours de réalisation.

Kingdom

Animalia

Phylum

Arthropoda

Class

Insecta

Order

Coleoptera

Family

Elateridae

Genus

Ampedus

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