Euphorbia gigantea, J.-P.Castillon, 2018

Castillon, Jean-Philippe, 2018, Deux nouvelles espèces d’euphorbes (Euphorbia L. section Goniostema, Euphorbiaceae) de la région de Fort-Dauphin, Madagascar, Adansonia (3) 40 (12), pp. 163-170: 164-166

publication ID

http://doi.org/ 10.5252/adansonia2018v40a12

persistent identifier

http://treatment.plazi.org/id/614E9704-6761-D02D-FF6B-FC47FADE3901

treatment provided by

Carolina

scientific name

Euphorbia gigantea
status

sp. nov.

Euphorbia gigantea  J.-P. Castillon, sp. nov.

( Figs 1View FIG; 2View FIG)

Haec planta E. croizatii  affinis est sed: primo, habitu majore (caulibus ascendentibus usque 6 m altis, contra 50-75 cm); secundo, foliis majoribus 45 × 22 mm contra 8-10 × 5-6 mm; tertio, spinis paene aequalibus singulisque contra spinis in circulo dispositis (3-5 minoribus circum unam proceram), praesertim differt.

TYPUS. — Madagascar. District d’Amboasary , bush à Didiereaceae  , environ 25°00’S, 46°30’E, 50 mGoogleMaps  , J.-B. Castillon 64 (holo-, TAN). AUTRES SPÉCIMENS. — Madagascar. Région de Fort-Dauphin , Andohahelo: Hazofotsy, 24°50’S, 46°32’E, 7.XII.1988, PeterGoogleMaps  B. Phillipson 2827 ( P [ P00220813]!; MO) et 27.XI.1991  , S.T. Malcomber 1091 ( TAN!); Moyenne Mananara , 26.XI.1931, Decary 9432 ( P [ P00217865]!)  .

DESCRIPTION

Forme générale

Arbrisseau épineux de grande taille, pouvant dépasser les 6 m de hauteur, ayant la forme générale d’un cône renversé. Racine fibreuse, non napiforme. Tronc de 10-30 cm de diamètre à la base, de 5-20 cm de hauteur, parfois presqu’entièrement enterré, très rapidement ramifié en 5-10 tiges principales ascendantes de 5-12 cm de diamètre.

Tiges

Grises, rugueuses, d’abord verticales, puis légèrement penchées, 3-6 m de longueur, peu ramifiées (des ramifications de 0,5-2 m de long largement espacées). Présence occasionnelle sur les vieilles tiges épaissies de bourgeons courts (brachyblastes) 15 × 4 mm, garnis au sommet d’épines minuscules (1-4 mm), surmontés d’un bouquet de 2-3 petites feuilles. Extrémité des tiges de diamètre 10-15 mm.

Épines

Épines (aux extrémités des tiges) 17 × 2 mm, grises, perpendiculaires à l’axe de la tige ou légèrement recourbées vers le bas, peu densément disposées,toutes de taille identique, solitaires,géminées de chaque côté des feuilles ou de leurs cicatrices. Les épines sont plus petites (5-10 mm), solitaires, encore moins densément disposées, parfois même quasi absentes au bas des tiges principales.

Feuilles

Généralement caulinaires et solitaires sur les 20-50 derniers cm des tiges, ou groupées par 2 à l’extrémité des brachyblastes, en moyenne 30 × 15 mm, jusqu’à 45 × 22 mm, ondulées, de forme ovale, acuminées à l’apex avec un mucron de 2 mm, de couleur variant du vert, vert turquoise au rose sur le dessus, vert clair au-dessous. Limbe lisse et de texture cirée caoutchouteuse. Pétiole court 2 × 1 mm, parfois inexistant. Nervation pennée, une nervure principale en relief sous la feuille, de couleur allant du blanc au niveau du pétiole à vert-rose à l’extrémité de la feuille, 8-15 nervures secondaires visibles surtout du dessous.

Incyathescences

Pendantes, courtes et capitées, formées de 8-20 cyathiums, disposées surtout vers le sommet des tiges, 2-5 subterminales, au-dessus des feuilles, souvent 4-5 autres caulinaires dans les 20-50 derniers cm des tiges sur de minuscules bourgeons qui généralement ne se développeront pas, ni en ramification, ni en brachyblaste.

Pédoncule

Pédoncule principal recourbé, 13 × 2 mm, vert, non collant, très légèrement velouté, avec au-dessus un sillon longitudinal, terminé par deux bractées vert-marron rectangulaires 3 mm large × 1 mm haut. Pédoncules suivants identiques mais plus courts. Ultimes bractées rouge bordeaux, triangulaires, 3 × 3 mm.

Cyathium

Bisexué en forme de cloche, d’environ 12 mm dans toutes ses dimensions, porté par un pédoncule vert de 4 × 1,5 mm.

Cyathophylles

Jaune-vert à la base, rouge bordeaux veinés de jaune à l’extrémité, 12 × 15 mm une fois aplatis, largement ouverts, à extrémité apiculée (1 mm).

Involucre

Jaune clair, conique à base arrondie, 4 × 4 mm.

Glandes

Cinq glandes jaunes, 2 × 1 mm, contiguës, trapézoïdales arrondies à réniformes, la lèvre extérieure légèrement plus haute que l’intérieure, lisses, à marges continues.

Bractées interglandulaires

Jaunes à la base, fimbriées, tachetées de rouge bordeaux à l’extrémité, repliées sur l’ovaire.

Fleurs femelles

Ovaire sphérique, 1 mm, légèrement poilu, rouge à la base, puis vert; 3 styles verts, droits, 3 mm, d’abord soudés en une colonne de plus de 2mm, puis séparés,parfois bilobés à l’extrémité,terminés par des stigmates sphériques verts puis rouges en vieillissant.

Fleurs mâles

15-20, apparaissant après la fleur femelle, émergeant des bractéoles blanches, à pédicelles et filets blancs longs de 1 mm, deux anthères jaunes par étamine.

Fruit

À 3 loges, de couleur bordeaux, à style persistant.

Graines

Non observées.

DISCUSSION

L’espèce la plus proche de E. gigantea  est sans aucun doute E. croizatii Leandri  dont les inflorescences sont similaires. Je ne connais cette dernière que par son type, sa description ( Leandri 1946) et les plantes que l’on peut voir en culture (mais dont l’origine et l’identification ne sont jamais assurées), n’étant jamais allé à sa station type (Ampilira, 65 km au nord d’Amboasary), aussi ne pourrais-je donner que les différences basées sur l’observation de l’échantillon de Decary. La première différence, évidente, entre E. gigantea  et E. croizatii  est bien sûr la bien plus grande taille de E. gigantea  (qui peut dépasser 6 m de haut contre 50-75 cm pour E. croizatii  ). Cette taille donne à E. gigantea  le port d’un Alluaudia  ( A. procera (Drake) Drake  , A. ascendens (Drake) Drake  ), avec des tiges longues et ascendantes, alors que E. croizatii  est un petit buisson à tiges bien plus courbées. D’autres différences peuvent être notées:

– les épines, densément disposées, de taille irrégulière chez E. croizatii  où chaque grosse épine (12-18 mm) est toujours accompagnée par 3-5 autres plus petites (3-8 mm), le tout formant une petite bosse sur la tige, alors qu’elles sont bien moins denses, bien plus constantes en taille chez E. gigantea  (15 mm), et solitaires;

– les brachyblastes, abondants sur l’échantillon type de E. croizatii  , sont bien plus rares et espacés chez E. gigantea  ;

– les feuilles, 8-10 × 5-6 mm chez E. croizatii  atteignent 45 × 22 mm chez E. gigantea  .

E. gigantea  et E. croizatii  sont donc proches du point de vue des inflorescences, mais chez de nombreux Goniostema ce sont plus les caractères végétatifs qui séparent les espèces que les caractères floraux. Ici, la différence de taille et de port entre les deux espèces, la séparation géographique des stations et l’absence de plantes à la morphologie intermédiaire justifient le statut d’espèce nouvelle.

E. gigantea  est le plus grand Goniostema connu actuellement.

STATUT DE CONSERVATION

Cette plante, que j’ai trouvée au bord de la RN13 entre Amboasary et Ranomainty, semble aussi exister dans l’Andohahelo, vers Hazofotsy (collectes de Decary et de Phillipson), soit 20 km plus au nord, dans une zone bénéficiant d’une réelle protection du MNP. Sa zone d’occurrence est donc supérieure à 100 km ²; au moins trois populations sont connues mais il est probable qu’il y en ait plus car la zone est d’accès difficile et contrôlé. Les populations sont cependant assez petites (chaque population est formée de quelques dizaines d’individus pour une surface d’environ un millier de m²). En l’absence de données sur le déclin des populations ou la diminution des zones d’occurrence ou d’occupation, les seuls critères évaluables reposent donc sur les localités connues et la taille des populations, aussi, au vu des critères de l’UICN (2012), un statut VU (D2) me semble approprié.

TAN

Parc de Tsimbazaza

P

Museum National d' Histoire Naturelle, Paris (MNHN) - Vascular Plants

MO

Missouri Botanical Garden